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« Digital by equity » : (Ré)concilier l’Homme et le numérique

Comment réconcilier société civile, industrie et nouvelle économie, dans un environnement où les services sont toujours plus nombreux, plus captifs et plus addictifs ? S’engager pour une république numérique éthique, pérenne et responsable n’est alors plus un choix. Boris Petrovitch Njegosh, gourou du numérique et fondateur de Rocket Labs, nous livre son décryptage des déviances digitales et des risques de demain.

Vers une fracture entre « déconnexionnistes » et « digital addicts »

« Aujourd’hui, technologie et numérique soulèvent de façon très concrète la question du besoin des utilisateurs, et de l’équilibre éthique indispensable à trouver entre l’Homme et la machine. » Pour le fondateur de Rockets Labs, il devient urgent de questionner notre modèle de relation au numérique, tant le panorama du « design de services » s’ouvre à de nouveaux systèmes de conception persuasive et addictive.

Quand les ergonomes deviennent experts en facteurs humains, que psychologues et neurosciences travaillent à construire des produits toujours plus « irrésistibles », quelle relation établir avec une communauté d’utilisateurs ?

« Le problème éthique ne se pose pas uniquement dans la délocalisation de la production du code ou dans l’exploitation de nos données personnelles, mais aussi dans le contrôle de nos choix et dans l’exploitation de notre anxiété. La volonté de concevoir des services susceptibles d’infléchir nos comportements n’est plus une fiction. Il est grand temps de moraliser l’économie du numérique ! », martèle Boris Petrovitch Njegosh.

Il s’appuie sur les travaux du chercheur James Williams, qui considère que les technologies sont de plus en plus conçues pour changer la façon dont nous pensons et nous agissons.

Les limites de l’exploitation par le numérique de nos vulnérabilités semblent toujours être repoussées. Ainsi, la « captologie » (ou l’étude des technologies comme outil de persuasion des individus), montre la « pathologisation » croissante de la connexion. De l’autre côté de l’écran, médecins et sophrologues considèrent les évolutions de nos comportements cliniques : syndrome d’anxiété,  « syllogomanie du Cloud » ou « schizophrénie du profil », les pathologies de la (sur)connexion atteignent de plus en plus d’individus.

Cette surcharge d’informations nous confronte à trop de possibilités et donc de complexité. Elle génère à présent des comportements compulsifs et pathologiques que nous n’avions pas anticipés. Afin d’échapper à cette « prison attentionnelle » (d’après une étude Deloitte, nous consultons, selon notre âge, de 40 à 85 fois notre smartphone par jour), une frange de la population fait le choix de la déconnexion. Elle se prive par-là « volontairement de l’autonomie que propose la révolution numérique », soulève Boris Petrovitch Njegosh.

Ces « déconnexionnistes » défendent une éthique de l’attention et réclament une transparence que trop peu de services sont capable de fournir aujourd’hui. Sur ce point, le fondateur de Rocket Labs les rejoint : « On a découvert, il y a six mois, qu’Uber développait, à l’aide de neuropsychiatres, des programmes  captologiques à l’attention de ses chauffeurs et les testaient en situation réelle, sans en avertir ni les autorités ni même les utilisateurs ! » s’indigne-t-il. Et ajoute : « On voit bien le décalage perpétuel entre technologies et réglementation, qui n’intervient que lorsque les limites sont franchies ! D’où l’importance de s’engager en amont sur un développement éthique du numérique. » Son mantra ? Prévenir plutôt que guérir, mais surtout reconquérir l’attention des utilisateurs et reconstruire la relation sur la confiance, le respect et l’intérêt mutuel.

D’une économie à une écologie de l’attention

La notion d’« Ethics by design » est l’un des piliers de la stratégie digitale de Rocket Labs. Boris Petrovitch Njegosh est convaincu qu’un modèle plus responsable doit émerger rapidement. « Il faut d’abord se projeter dans une réelle écologie de l’attention », insiste-t-il. Construire un modèle sincère et pérenne tout en apportant du service et de l’autonomie à l’utilisateur devient donc un enjeu majeur pour l’ensemble de la filière du numérique. « Android, c’est aujourd’hui plus de 11 milliard de notifications par jour ! », cite-il en exemple. Au-delà même du harcèlement quotidien dont les utilisateurs peuvent être victimes, les data centers représentent déjà plus de 2 % (source Novethic) des émissions mondiales de CO2, soit l’équivalent de ce qu’émet l’aviation civile. Dès lors, la responsabilité éthique, économique et écologique doit être prise en compte par l’ensemble des parties prenantes et ce, à tous les niveaux. « On ne peut pas faire du consommateur le seul coupable de tous les maux d’une société numérique en perdition », plaide Boris Petrovitch Njegosh.

Par chance, la maturité numérique croissante de nos sociétés fait émerger de nouvelles attentes et de nouveaux besoins. D’une relation de « soumission consentie » -où addiction rime avec consommation, croissance et profits-, des cercles d’influences, des communautés, des institutions (voire même des expérimentations industrielles basées sur des valeurs nouvelles) voient le jour.  C’est le cas par exemple d’un projet pilote de blockchain chez Bureau Veritas, assurant la traçabilité du thon, ou encore d’un label européen de suivi éthique du traitement de la donnée de santé (ADEL).

Enfin, le fondateur de Rocket Labs cite l’exemple de Chauffeur Privé, valorisé dans l’Hexagone car payant ses impôts en France, contrairement à son rival américain. « Le choix se porte finalement plus souvent sur des services locaux. Numérique n’est pas toujours synonyme de mondialisation dans la tête des utilisateurs », se félicite-t-il, ajoutant : « demain, les gens choisiront leurs outils et leurs services numériques de la même façon que l’on choisit à présent un produit équitable ou biologique. C’est-à-dire en prenant en compte une chaine de valeur ainsi qu’un mode de fabrication plus en phase avec nos aspirations et plus respectueux de notre environnement. Par nos actes, nous agissons sur la nature même de l’offre de services. » 

Un Manifeste pour un numérique éthique & durable

Apporter de l’autonomie à l’utilisateur sans exploitation comportementale, concevoir une relation numérique en imaginant les impacts environnementaux, choisir de produire et d’héberger ses services au plus proches des utilisateurs, tel est le combat que Rocket Labs mène avec ses partenaires auprès de ses clients. Boris Petrovitch Njegosh s’engage personnellement : « d’une contre-culture émergeante, nous assistons à un éveil des consciences globalisé quant aux enjeux sociologiques, écologiques et comportementaux de la révolution digitale. Nous refusons le modèle d’un monde « Ubérisé » et précaire. Nous participons dès à présent la construction d’une économie numérique plus juste, plus éthique, plus profitable et plus durable. »

Concrètement ? Rocket Labs travaille sur la transformation des groupes et des entreprises, en concevant les parcours et les services digitaux de demain, main dans la main avec son réseau unique de partenaires universitaires et institutionnels. Une collaboration qui passe par la co-création d’un Manifeste pour un numérique éthique et durable. L’enjeu ? Faire émerger une reconnaissance de la valeur éthique auprès des industries et des utilisateurs, afin de créer un socle et un label capable d’évaluer et de rétribuer l’engagement de chacun. Opter pour plus de transparence et de respect de la vie privée est aujourd’hui un terrain sur lequel Rocket Labs se différencie, et in fine aide les consommateurs citoyens dans leurs choix de services numériques.

Pour celui qui se définit comme un « gourou de l’économie numérique », « c’est une manière de faire passer à un autre niveau de conscience la transformation digitale, non plus uniquement au travers du prisme de la croissance et de la rentabilité mais aussi au travers de la responsabilité et de la durabilité. »

La prochaine étape de la fusée de l’innovation digitale ? La création certaine d’un label « bio » du numérique !

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Laboratoire d’innovation numérique dédié à l’expérience client.

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Boris Petrovitch Njegosh

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