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Le financement participatif français passé au crible

Le financement participatif occupe une place croissante dans le paysage économique français et recouvre une réalité de plus en plus vaste. Coordinatrice chez Financement Participatif France, Florence de Maupeou fait le point sur ce phénomène.

Financement participatif : un phénomène protéiforme à la croissance rapide

Pour Florence de Maupeou, impossible de parler de crowdfunding comme d’un phénomène unique. En France comme ailleurs, le financement participatif recouvre une vaste réalité. « Il existe trois grandes familles de contributions : le don – avec ou sans contrepartie – le prêt – avec ou sans intérêt, – et l’investissement en capital : le crowdequity », résume-t-elle.

Ces différents modes de contribution ne sont plus marginaux en France, où ils se démocratisent rapidement : « le don, porté par des acteurs tels que KissKissBankBank ou Ulule, représente 50 millions d’euros en 2015. Le prêt, qui regroupe celui aux particuliers – 137,5 millions notamment grâce à des organismes tels que Younited Credit – et celui aux entreprises, appelé crowdlending – 66,3 millions – s’élève à près de 200 millions d’euros. Enfin le crowdequity est estimé à 50,3 millions d’euros investis en capital ou en royalties ». Résultat ? « Le financement participatif représente 300 millions d’euros donnés, prêtés ou investis en France en 2015 contre 152 millions en 2014 et moins de 100 millions l’année précédente ! »

Derrière cette croissance à deux chiffres, un facteur de taille : l’assouplissement du cadre règlementaire. A compter du 1er octobre 2014, la réglementation autorise le prêt de particulier aux entreprises, rendant véritablement possible l’essor du crowdlending. « Avant, il fallait avoir un agrément bancaire pour faire un prêt rémunéré aux entreprises. Aujourd’hui, une inscription auprès de l’ORIAS (Organisme pour le registre unique des intermédiaires en assurance, banque et finance) pour avoir le statut d’Intermédiaire en Financement Participatif suffit ». Conséquence : des fintech du prêt se sont multipliées et on en compte une cinquantaine aujourd’hui dans l’Hexagone. Ensuite, les nouvelles mesures règlementaires d’octobre 2016 ont permis un assouplissement de la législation. « Le prêt de particulier autorisé pour un projet passe de 1 000 à 2 000 euros et, avec l’apparition des minibons, le prêt d’entreprise à entreprise est désormais possible via une plateforme de crowdfunding. Sur les plateformes ayant le statut de Conseiller en Investissements Participatifs, les levées de fonds en capital, en obligations ou en minibons passent de 1 million à 2,5 millions par projet ».

Entre le crowdfunding français et l’alternative finance anglo-saxon : un gap de plusieurs milliards euros

En dépit de ces mesures, le crowdfunding dans l’Hexagone, classé premier pays de l’Union Européenne en matière de montants collectés, est nettement moins développé qu’aux Etats-Unis ou au Royaume-Uni. « Au Royaume-Uni, l’alternative finance représente plus de 4,3 milliards d’euros, soit dix fois plus qu’en France. Et ce montant est encore plus élevé aux Etats-Unis : un océan sépare nos pays ».

Florence de Maupeou donne plusieurs explications à ce gap entre la France et ses voisins anglo-saxons.  La première est le contexte historique : « aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, il n’y a jamais eu de contre-indication au financement alternatif. Le crowdfunding s’est développé de façon beaucoup plus précoce ». La seconde est la législation plus souple des pays anglo-saxons : « au Royaume-Uni, le montant que peut prêter un particulier n’est pas limité. Il peut prêter autant qu’’il veut du moment qu’il n’excède pas 10% de son capital. De même, on peut lever jusqu’à 5 millions d’euros en crowdequity contre 2,5 millions (le seuil était de 1 million jusqu’en octobre 2016) dans l’Hexagone ». La règlementation française en matière de communication des fintechs est aussi beaucoup plus contraignante en France : « celle-ci est strictement encadrée chez nous. Quand les plateformes françaises annoncent un taux de rendement, elles doivent aussi annoncer le taux de défaut et plus généralement les risques équivalents ». Enfin, côté fiscalité, il n’existe aucun dispositif incitatif en France qui viendrait « récompenser » le risque pris par les internautes qui investissent dans des entreprises non cotées. « Au Royaume-Uni par exemple, investisseurs et entreprises bénéficient d’allégements fiscaux via le crowdfunding ».


Quel avenir pour le crowdfunding ?

Pour Florence de Maupeou, si le cadre français s’assouplit par certains aspects, il n’a pas vocation à épouser celui des modèles anglo-saxons dans les années à venir, en témoigne notamment la publication récente d’une ordonnance rendant le statut d’Intermédiaire en Financement Participatif obligatoire pour les plateformes de don, leur imposant un certain nombre de contraintes, notamment en termes de lutte anti-blanchiment. « A l’inverse, ce sont plutôt les Etats-Unis et le Royaume-Uni qui s’inspireront de la France dans un souci de transparence et de sécurité pour le contributeur », prédit-elle.

Quant aux mesures que l’on pourrait souhaiter pour le développement du secteur, la réponse de Florence ne se fait pas attendre : « c’est le grand public qui doit répondre à cette question. C’est pourquoi nous avons lancé un plaidoyer sur notre site internet à l’approche des élections présidentielles ! »

Source : ClubFunding

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