accueil > articles > Le start-up business : la French Tech à bout de souffle ?

Le start-up business : la French Tech à bout de souffle ?

Derrière les beaux discours et les levées de fonds record, la French Tech est-elle vraiment en phase de décollage ou proche de l’implosion en vol ? Réponses sans concession d’Eric Burdier, PDG-fondateur de l’accélérateur de start-ups Axeleo.

Levées de fonds records : crash en vue ou retard à l’allumage ?

Cocoricooo : les start-ups françaises n’arrêtent pas de battre leurs propres records de levées de fonds. Année 2017 ? Record, avec près de 3 milliards de dollars de financement et 45% d’opérations en plus par rapport à l’année précédente. 1er semestre 2018 ? Record encore, avec 2 milliards d’euros levés (contre 1,2 milliard sur les 6 premiers mois de 2017), et un ticket moyen de 5,8 millions d’euros, un record toujours.

Mais d’où vient tout cet argent ?

« Les taux d’intérêt sont encore bas, l’économie mondiale est en croissance de +3% et il y a beaucoup de liquidités en circulation »

explique Eric Burdier, le PDG de l’accélérateur de start-ups Axeleo et du fonds Axeleo Capital. « Mais si les investisseurs s’intéressent aux start-ups françaises, c’est surtout parce qu’il y a un gisement très important d’entrepreneurs en particulier dans le digital, un niveau de professionnalisation qui a considérablement augmenté ces dernières années et qu’ils (les investisseurs) peuvent espérer des multiples très forts. » Si l’on ajoute un écosystème scientifique pointu, « de classe mondiale », il ne faut pas y voir un signe de surexcitation des marchés comme à la fin des années 90. « En vérité, cette augmentation des levées, qui n’est pas spécifique à la France, montre surtout une chose : c’est que nous étions en retard par rapport à nos voisins comme le Royaume-Uni par exemple ! Ce rattrapage est plutôt sain en réalité » malgré quelques réajustements prévisibles, le crash pourra attendre.

La France, tour de contrôle des « poneycornes »

10 000 start-ups en France connaissent une croissance de 30% chaque année, depuis 4 ans, et malgré tout, les « licornes » y sont moins nombreuses que chez nos voisins européens. D’autres parlent même de « poneycornes », « aussi difficile à faire que les licornes, mais avec une taille de poney », selon le bon mot de Carlos Diaz, des Refiners.

Alors, la France, pays de Gaulois réfractaires au succès ? Même pas. Le vrai problème, c’est la taille du marché français et la capacité des start-ups à se projeter à l’international. « Le marché européen est très morcelé. Aux US ou en Chine, il n’y a qu’un seul go-to-market, alors qu’en Europe, il y en a un à chaque fois qu’on saute une frontière » note Eric Burdier. La vraie question est ailleurs : dans le niveau de maturité nécessaire pour aborder un autre marché en dehors de France. « Les start-ups françaises s’y préparent soit trop tard, soit redoutent de se lancer. Pour réussir, il faut un management qui ait la capacité de se lancer très vite sur les marchés internationaux, qui sait bien s’entourer des bons talents et des bons partenaires business et investisseurs. C’était le cas, par exemple, de Cedexis, une start-up B2B française (récemment acquis par Citrix) qui dès son lancement s’est développée en Europe et aux US. Souvent les fondateurs ont une capacité trop faible de projection de leur ambition à l’international par manque de culture, de connaissance et de repères. »

Cette maturité, cette capacité à se projeter ou à trouver un adossement industriel solide, voilà deux problématiques sur lesquelles la « French Tech » a des atouts à faire jouer.

La French Tech, un fluidifiant dans le moteur

Parfois agaçante pour son côté ravi de la crèche numérique, la marque « French Tech » ne manque pourtant pas d’atout pour Eric Burdier. « Avant tout, c’est une marque reconnue aussi bien en France qu’à l’étranger, elle permet de faire reconnaître un savoir-faire technologique français hors de nos frontières. Aux États unis, en Angleterre ou en Chine, l’ingénierie française a un beau retentissement… » Cet aspect « branding » a une conséquence non négligeable :

« elle permet d’attirer aussi bien les investisseurs que les talents »

à l’image des différents centres de R&D qui s’ouvrent en France dans les domaines de l’IA par exemple. Pour que l’écosystème numérique français réussisse, il faut du cash, du talent et de la patience ! « Nous les avons, et la French Tech y apporte une certaine fluidité, une marque et un dispositif. Maintenant un succès se construit dans la durée et il faut renforcer le soutien aux locomotives qui tirent tout un écosystème à l’image d’un Talend, d’un Blablacar (qui a récemment annoncé avoir atteint la rentabilité) ou d’un Ledger » estime Eric Burdier.

Éviter la pollution des start-ups zombies et miser sur le build-up

Problème : la French Tech aurait suscité … trop de vocations. Et ça l’énerve un peu, Eric Burdier : « à force de mettre les start-ups sur un piédestal, nous voyons fleurir des projets zombies, avec une redondance de sujets au sein des différentes métropoles French Tech … peu / pas de valeur ajoutée et des structures fragiles, pas de perspectives : un enfer dans les sessions de pitch ! » Bien entendu, la vocation est une excellente chose, puisqu’elle permet d’expérimenter et d’échouer pour bien rebondir. Mais le foisonnement de ces fausses bonnes idées brouille un peu l’écosystème. La bonne nouvelle, c’est que

« le secteur se régule de lui-même. Les bons projets vivent, les mauvais vont mourir. »

« Notre écosystème a beaucoup progressé et doit encore un peu maturer pour s’inscrire dans un contexte international avec un peu moins de naïveté et plus d’impact. »

Cette recherche d’impact passe souvent par des stratégies d’alliance qui vont s’accélérer pour permettre de créer des acteurs ayant une masse critique. Des exemples ? « MonDocteur et Doctolib qui se rapprochent. On a une société qui va vite et l’autre qui marque le pas, elles évoluent dans le même écosystème et présentent des complémentarités. Si elles ne s’étaient pas alliées, elles auraient pu atteindre un plafond de verre rapidement! »

Bref, pour bien se mettre en orbite, la French Tech a besoin de développer sa capacité de build-up en particulier à l’échelle européenne pour faire émerger nos champions d’aujourd’hui et de demain !

 

À propos

Rocket Labs

Laboratoire d’innovation numérique dédié à l’expérience client.

Contact

Boris Petrovitch Njegosh

CEO et fondateur

À lire aussi

Voir plus
 
Faire travailler en bonne intelligence start-ups et grands comptes : tout un programme. « L’agilité » ? Un slogan. « Mettre un tigre dans le moteur ? » Tout le monde le veut. Sauf qu’en ...
 
De nécessaire, la transformation numérique est parfois devenue un but en soi. Pas pour Patrick Kleer. En tant que Directeur Général Adjoint, il a piloté, avec le soutien de Rocket Labs, les révolutions récentes du ...
 
Le récent rapport présenté par le député Cédric Villani a confirmé la nécessité de subordonner toute question liée à l’intelligence artificielle (IA) à des principes éthiques forts. Pour Mathieu Guillermin, enseignant-chercheur en éthique à l’Université ...