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Transformation digitale, où en sont les entreprises françaises ?

Comment se positionnent les ETI par rapport au CAC 40 et au reste de l’Europe ? Réponse de Gilles Babinet, Digital Champion de la France auprès de la Commission européenne.

Transformation digitale : les ETI s’éveillent, le CAC40 se cherche

« Le baromètre de maturité digitale des ETI et celui du CAC40 révèlent trois éléments marquants », commence Gilles Babinet. Tout d’abord, pour les entreprises de taille intermédiaires françaises : une évolution significative de la prise de conscience de l’importance de la transformation digitale. « Lorsque l’on regarde les réponses apportées par les dirigeants cette année, on note un certain niveau de détail dans les plans de transformation digitale, qui montre une vraie maturité à cet égard. »  Les ETI françaises s’éveillent, mais pas toutes au même rythme. « La grande distribution est en avance sur les autres secteurs, tandis que l’industrie accuse un certain retard », décrit Gilles Babinet. « Un vrai travail doit être fait pour sensibiliser encore le monde industriel à ce sujet, car il a pour moi un effet de levier sur le reste de l’économie. »

Le dernier point « frappant » pour Gilles Babinet, concerne cette fois les grands groupes, évalués pour la quatrième année consécutive par le baromètre de maturité eCAC40. « Nous avons assisté en 2017 à une déferlante d’investissements assez peu coordonnés. » La raison ? Le fonctionnement encore « en silo » des différentes divisions des entreprises.  « Le CDO se retrouve donc en difficulté et tente de donner de la cohérence à toutes ces initiatives. » Pour le spécialiste du digital, cet éparpillement des grandes entreprises dénote d’une « incapacité à avoir une vision stratégique et, au-delà de ça, à impacter le modèle managérial, qui est au cœur de la révolution digitale. »

ETI – grands groupes, des logiques digitales différentes

« La comparaison entre les ETI et le CAC 40 s’avère complexe », explique Gilles Babinet. Attendues sur le sujet par les analystes et les marchés, les entreprises du CAC 40 abordent la transformation digitale avec des feuilles de routes relativement semblables. Parmi les grandes initiatives, le spécialiste du digital cite les incubateurs de start-ups, l’optimisation des solutions CRM et de cybersécurité, dont les entreprises se sont « depuis longtemps » dotées.

De par leur diversité, les ETI approchent la transformation digitale de manière moins uniforme. Si le baromètre 2016 estimait à deux ans le retard moyen vis-à-vis du CAC 40, certaines entreprises de taille intermédiaire ont su voir en 2017 dans le digital un moyen d’accélérer leur accès aux consommateurs. Se sentant moins « à l’abri » que les grands groupes, elles se sont emparées plus tôt du sujet digital et ont su en faire un relais de croissance. Gilles Babinet qualifie leur approche comme étant plus « pragmatique » que celle des entreprises du CAC 40. En 2017, les ETI ont concentré leurs investissements sur les solutions CRM et la cybersécurité.

L’obligation pour l’ensemble des entreprises françaises de se doter d’un Digital Privacy Officer, à compter du 25 mai 2018, dans le cadre du nouveau règlement européen RGPD, pourrait selon Gilles Babinet provoquer un « électrochoc. » Afin de se mettre en conformité, les entreprises vont devoir se poser des questions « typiquement digitales », sur la gouvernance des données par exemple. L’occasion de faire un bilan sur sa progression vers la digitalisation et d’unifier les chantiers. « C’est d’ailleurs une question que nous devrions poser l’année prochaine : est-ce que les dirigeants en ont profité pour mettre en œuvre de nouvelles logiques ? »

France : une progression européenne en demi-teinte

Si 2017 marque une prise de conscience digitale de la part des ETI françaises, et connaît des investissements numériques massifs de la part des grands groupes, « elle n’est pas l’année où la France rattrape son retard digital à l’échelle européenne. »  Sur les 28 pays de l’Union, la France se positionne à la 16ème place de l’indice DESI (Digital Economy and Society Index) 2017. Une progression de deux places depuis 2016, mais un niveau d’intégration des technologies numériques par les entreprises encore en-deçà de la moyenne européenne. « Sur l’utilisation de la RFID, nous ne sommes que 24ème, 20ème en Social Media, 16ème en Cloud, 15ème en Online Selling et 15ème également en Selling Online Cross-border », détaille Gilles Babinet. Les grands champions européens ? Le Danemark, numéro un toutes catégories, suivi de l’Irlande, la Suède et la Belgique, en quatrième position.

Malgré son retard à l’échelle européenne, la France possède un atout de taille dans sa course à l’innovation : un écosystème start-up vigoureux, créé notamment grâce à « d’importants » incubateurs mis en place par les grands groupes, et qui « entraîne avec lui » les PME, ETI et entreprises du CAC 40.

Selon Gilles Babinet, trois freins structurels ralentissent encore la France et l’empêche de combler son retard. D’abord, la résistance du modèle managérial, qui reste « peu adapté » aux enjeux digitaux, alors qu’il s’agit d’un sujet « central ». Ensuite, le niveau des charges appliquées aux entreprises françaises, « beaucoup plus lourdes que la moyenne européenne. » Conséquence ? Une capacité d’investissement plus faible, « qui explique aussi le retard pris », souligne Gilles Babinet. Enfin, un déficit quantitatif dans le domaine des établissements d’enseignement supérieur spécialisé, permettant de former des codeurs de classe mondiale.  Et de conclure : « Bien qu’aujourd’hui le gouvernement se montre plus favorable aux entreprises, il faut malgré tout continuer à porter le message qu’il reste encore beaucoup à faire : car lorsque l’on pense s’être mis en marche, c’est sans compter du fait que d’autres courent désormais. »

Découvrir la deuxième édition du baromètre de la maturité digitale des ETI >

Source : Apax Talks

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